En hommage au cinquième anniversaire de la disparition de Christian Daghio, nous honorons ce célèbre combattant italien qui a marqué de façon indélébile l’univers des sports de combat. À travers une série d’interviews, il nous a dévoilé son parcours exceptionnel, sa philosophie et des détails précieux sur sa carrière. Bien qu’il ne soit plus parmi nous physiquement, son esprit persiste. Découvrez ses mots et laissez-vous inspirer par sa sagesse intemporelle.

Premiers pas d’un Italien au Lumpinee

« En 2002, j’ai eu l’honneur d’être le premier combattant italien à fouler le ring du Lumpinee Stadium. Ce moment restera gravé en moi. Ma première confrontation là-bas fut une victoire, mais loin d’un combat traditionnel.

Le Lumpinee était un univers à part entière. L’énergie ressentie dans ce lieu est indescriptible. En sortant des vestiaires, vous traversez un tunnel pour finalement vous retrouver face au ring. Lorsque j’ai découvert cet endroit pour la première fois, face à la foule en délire, mes jambes ont flanché sous l’émotion. Les adversaires y étaient d’un calibre que je n’avais jamais rencontré. C’était le terrain de jeu des meilleurs, et je le savais.

Des règles distinctes et des enjeux élevés

Au Lumpinee, les règles favorisaient les combattants offensifs. La défense passive n’était pas appréciée. Si vous ne montriez pas de signes de douleur, votre adversaire ne marquait pas de points ; afficher votre souffrance pouvait vous coûter cher. C’était la cour des grands, avec des enjeux colossaux. Une victoire pouvait augmenter votre bourse de 20%, tandis qu’une défaite la réduisait de 5%.

Le Lumpinee avait sa propre culture. Sous la houlette de l’armée, la discipline y était primordiale. Le processus de pesée était strict. Votre nom n’était pas simplement appelé, il était hurlé.

La pesée se faisait dans une pièce grillagée, sous le regard de médecins et d’officiers. Une balance était mise à disposition à l’extérieur pour que les combattants puissent vérifier leur poids. Le moindre écart était mal vu. Lors de cette rencontre, j’avais oublié d’enlever mes vêtements et on m’a vivement repris. Mais je savais que leur but n’était pas de m’intimider personnellement. Ils voulaient imposer le respect à tous.

Christian Daghio at Lumpinee stadium

Le Colisée de la Muay Thai

Entrer au Lumpinee, c’était comme mettre un pied dans le Colisée moderne pour un combattant de Muay Thai. L’ambiance brute, combinée à la ferveur de la foule, offrait une expérience unique. Le lieu était rudimentaire. Lorsqu’il pleuvait, l’eau s’infiltrait à travers la structure en acier. Il n’y avait pas de vestiaires ; les premiers arrivés trouvaient une table pour se faire masser. Parfois, nous devions partager ces tables, et il m’arrivait de m’asseoir à côté de mon futur adversaire.

Époque de transition

La Muay Thai a bien évolué depuis mes débuts au Lumpinee. Certains de ces moments rudes que j’ai vécus n’existent plus. J’ai combattu dans des endroits reculés, sans médecins à proximité. Si quelque chose m’était arrivé, j’aurais été abandonné. J’ai dû renforcer ma résilience, tant mentalement que physiquement, sans m’arrêter aux obstacles.

Je me souviens d’un combat hors de Rayong où les combattants pariaient sur eux-mêmes. J’avais mis en jeu 50.000 bahts, une somme conséquente à l’époque, tout comme mon adversaire. Le gagnant repartait avec 100.000 bahts, le perdant avec rien. C’est pourquoi ces combats étaient si intenses! Le stade était monté en une journée, avec des murs en plastique, un ring et des sièges en plastique pour le public. Nous nous changions à même le sol, sans médecin sur place. Mon entraîneur m’a dit : « Si tu perds, tu rentreras à pied. » [Note : Plus de 60 km]

La nouvelle méthode d’entraînement

Aujourd’hui, les entraînements sont plus adaptés aux étrangers, et la discipline est devenue moins brutale. Les combattants actuels ne font pas face aux mêmes épreuves que j’ai connues. Les maîtres thaïlandais sont désormais ouverts à l’idée d’entraîner des étrangers. En 1993, pour moi, c’était tout un combat d’en trouver un.

L’ancien style d’entraînement a forgé certains des combattants les plus redoutables. Les combattants thaïlandais d’antan n’étaient pas seulement physiquement impressionnants, ils étaient mentalement inébranlables. De véritables guerriers.

Christian Daghio at Lumpinee stadium with his fans

Un combat mémorable

En 2007, près de la frontière cambodgienne, j’ai eu une rencontre mémorable avant laquelle j’ai parié 25 000 bahts. Mon adversaire était un grand gaillard, mi-thaïlandais, mi-allemand. Il a pris le microphone et a déclaré en thaï (que je comprenais) : « Je le mettrai au tapis au premier round. » Je me suis tourné vers mon entraîneur et lui ai demandé : « Pourquoi as-tu parié sur moi? N’avais-tu jamais vu cet homme avant? » On ne m’avait jamais montré mon adversaire avant un match. Il m’a rassuré : « Ne t’inquiète pas, tu ne tomberas pas au premier round. » et il a éclaté de rire.

Pendant mon échauffement, un vieux thaïlandais s’est approché pour me demander si j’allais affronter ce géant. Après avoir confirmé, il s’exclama : « Oh, il va te détruire ! » et il est resté là, répétant sans cesse cette prédiction.

Au premier round, les coups de mon adversaire étaient dévastateurs. Je me suis repl